APPEL À CONTRIBUTIONS – DOSSIER THÉMATIQUE: La nature et le droit de l’environnement face au néolibéralisme en Amérique latine (2027.1)
Au cours des dernières décennies, l’approfondissement du néolibéralisme en Amérique latine a intensifié les processus d’appropriation, de privatisation et de marchandisation des biens de la nature, ainsi que l’expansion des frontières (néo)extractives. Ces processus s’articulent à des dynamiques mondiales par lesquelles les territoires de la région sont intégrés à de nouveaux circuits de valorisation financière, renforçant leur subordination croissante, ainsi que celle de la nature, à la logique du marché.
L’expansion contemporaine des frontières extractives connaît également d’importantes transformations. Si l’exploitation des hydrocarbures, des minerais, du bois et des produits agro-industriels demeure centrale, elle est désormais accompagnée d’autres activités directement liées aux stratégies de décarbonation et de transition énergétique. Loin de signifier nécessairement le remplacement du modèle extractif, ces transformations ont élargi et diversifié les modalités d’intégration des territoires, des biens naturels et du travail dans les circuits mondiaux d’accumulation.
Il importe également de reconnaître que ces processus de dépossession des biens communs et des savoirs ont été favorisés, dans différents contextes, par les gouvernements dits progressistes qui ont marqué les processus politiques de la région depuis le début du siècle. Bien que ces projets politiques aient intégré à leurs programmes des revendications liées à la redistribution sociale et à l’élargissement des droits, ils ont également maintenu des conditions favorables à la reproduction et à l’expansion des rapports capitalistes, dans un contexte marqué par le Consensus des matières premières (Commodities Consensus), par des modèles de développement fondés sur l’exploitation intensive des biens communs et par l’expansion des processus (néo)extractifs associés aux dynamiques contemporaines d’accumulation financière.
Parallèlement, l’essor des « nouvelles droites » a replacé au centre du débat politique un ensemble de politiques fondées sur les principes et les récits du libéralisme économique, désormais articulés à de nouveaux discours, stratégies politiques et modalités de construction de l’hégémonie.
Bien que ces expériences politiques soient hétérogènes, elles peuvent se caractériser, à différents degrés, par une remise en question des formes d’intervention de l’État développées au cours des dernières décennies et par une réaffirmation du marché comme principe organisateur des relations socioéconomiques. Dans le domaine environnemental, ces transformations peuvent se traduire par la remise en cause des politiques de protection de l’environnement, l’assouplissement des cadres réglementaires, la réduction des capacités institutionnelles de l’État et, dans certains cas, le déni ou la remise en question du consensus scientifique relatif au changement climatique.
Ce contexte soulève des questions importantes pour les sciences sociales, juridiques et environnementales : Quels défis ces nouvelles configurations posent-elles aux chercheuses et chercheurs ? Comment nos recherches peuvent-elles contribuer à comprendre les transformations contemporaines des relations entre nature, État, marché et territoires ? Quels cadres théoriques et méthodologiques permettent d’interpréter les nouvelles dynamiques d’appropriation et de marchandisation de la nature ? De quelle manière la recherche peut-elle contribuer non seulement à comprendre ces processus, mais aussi à rendre visibles les conflits territoriaux et à envisager des voies alternatives de développement ?
À partir de ces préoccupations, la ReDiS invite à soumettre des travaux qui, selon différentes approches théoriques et méthodologiques, contribuent à une compréhension et à une réflexion critiques sur les transformations récentes des relations entre nature, État, marché, communautés et territoires en Amérique latine.
Les contributions portant sur des processus situés dans différents pays et à différentes échelles d’analyse sont les bienvenues, de même que les études comparatives et les travaux contribuant aux débats théoriques et conceptuels liés aux problématiques proposées.
Axes thématiques I. Capitalisme vert, transition énergétique et nouvelles frontières extractivesCet axe vise à réunir des recherches et des analyses consacrées à l’expansion des nouvelles frontières extractives en Amérique latine et aux différentes formes d’« accaparement vert » associées aux processus contemporains de restructuration capitaliste.
Sont notamment concernés l’expansion de grands parcs solaires et éoliens, les lignes de transport d’électricité, les projets d’hydrogène vert, les marchés du carbone et les mécanismes de compensation, les programmes de conservation, de reboisement et de captage du carbone, ainsi que la pression croissante sur les minerais dits critiques ou stratégiques et les terres rares.
Les processus de transition énergétique et de décarbonation génèrent de nouvelles demandes de lithium, de cuivre, de nickel, de cobalt, de graphite et d’autres minerais, tout en favorisant le développement d’infrastructures énergétiques et logistiques exigeant de vastes superficies, de l’eau, de l’énergie et de nouvelles connexions territoriales.
Une attention particulière sera accordée aux recherches portant sur les acteurs publics, privés et financiers à l’origine de ces processus, les territoires et biens naturels soumis à de nouvelles formes de valorisation, les conflits socio-environnementaux qui en résultent et les alternatives permettant d’éviter que la décarbonation mondiale ne reproduise ou n’approfondisse de nouvelles zones de sacrifice en Amérique latine.
Sont également attendus des travaux analysant de manière critique les marchés du carbone, les mécanismes de compensation, les programmes de conservation, de reboisement et de captage du carbone qui attribuent de nouvelles valeurs économiques aux forêts, aux sols et aux territoires ruraux, notamment lorsque ces initiatives restreignent les usages communautaires ou transfèrent des droits de gestion et de contrôle à des entreprises, des intermédiaires financiers ou des organisations extérieures.
II. État, politiques publiques et reconfiguration de la réglementation environnementale dans le contexte des « nouvelles droites »Cet axe accueille des débats théoriques et des analyses empiriques situés dans différents territoires latino-américains afin d’examiner les transformations récentes des relations entre État, politiques publiques et réglementation environnementale face à l’expansion de projets politiques associés aux « nouvelles droites ».
Il s’agit notamment d’analyser la manière dont ces projets redéfinissent les capacités et les fonctions de l’État et la façon dont ces transformations se manifestent dans les institutions, les politiques publiques et les cadres réglementaires environnementaux, y compris lorsqu’elles facilitent l’expansion de processus (néo)extractifs.
Les contributions pourront également porter sur les conflits relatifs aux significations attribuées à la question environnementale, les transformations des formes d’intervention étatique et les reconfigurations des relations entre réglementation, marché, territoires et appropriation de la nature.
III. Développement, néodéveloppementalisme en Amérique latine et financiarisationCet axe porte sur les débats théoriques et empiriques relatifs aux défis contemporains du développement socio-environnemental en Amérique latine.
Une littérature vaste et non consensuelle cherche à comprendre les modèles de développement de la région à partir de catégories telles que développementalisme, néodéveloppementalisme, extractivisme, néoextractivisme, néolibéralisme et financiarisation.
Il s’agit de discuter de la manière dont le modèle de développement économique et social latino-américain entre dans une nouvelle phase du développement capitaliste, caractérisée par l’approfondissement des dynamiques d’accumulation financière et de leurs implications territoriales.
Les études analysant de manière critique les relations entre développement économique, expansion des activités extractives et agro-industrielles, financiarisation de la nature, politiques publiques, inégalités socio-environnementales et reproduction de la vie seront particulièrement appréciées.
IV. Accumulation par dépossession et clôtures contemporaines des biens communs en Amérique latineCet axe analyse les manières dont la privatisation, la marchandisation et l’appropriation des territoires, des biens naturels et des savoirs collectifs approfondissent les processus contemporains d’accumulation capitaliste.
Il propose d’étudier les clôtures contemporaines des biens communs en tant que processus matériels, juridiques, technologiques et épistémiques qui restreignent leur accès, leur utilisation et leur contrôle collectifs.
Sont notamment concernées les luttes autour de la terre, de l’eau, des semences, des forêts, de la biodiversité, des savoirs, des territoires et des modes de vie, ainsi que les processus d’appropriation et de transformation des droits collectifs.
À partir des apports des écoféminismes, de l’écologie politique, des théories des communs et d’autres perspectives critiques, cet axe invite également à analyser la manière dont ces dynamiques affectent les conditions de reproduction de la vie et s’articulent aux inégalités de genre, de travail, de classe et de territoire, ainsi que les résistances, mobilisations et pratiques visant à défendre et à (re)construire les communs.
Le dossier entend ainsi contribuer à la compréhension des nouveaux extractivismes et des formes dites d’accaparement vert, en examinant de manière critique les contradictions d’une transition visant à réduire les émissions mais susceptible de reproduire des rapports historiques d’appropriation inégale des territoires et de la nature lorsqu’elle se limite à une substitution technologique sans transformation structurelle des modes de production, de consommation et de distribution du pouvoir.
Types de contributionsLe dossier accueillera prioritairement des articles scientifiques portant sur les thématiques proposées.
Des entretiens et des comptes rendus d’ouvrages en lien avec les thèmes du dossier pourront également être proposés.
Éditeurs invitésGabriel Horacio Galván – Argentine
Enseignant au Département de développement rural de la Faculté des sciences agronomiques de l’Universidad Nacional de Córdoba (UNC), Argentine. Ses recherches portent notamment sur la question agraire, les politiques de développement rural, la financiarisation de la nature et de l’agriculture et les dynamiques territoriales.
E-mail : ggalvan@agro.unc.edu.ar
ORCID : https://orcid.org/0000-0001-8195-644X
Tamara Perelmuter – Argentine
Enseignante à la Faculté des sciences sociales de l’Universidad de Buenos Aires (UBA) et chercheuse au Centro de Investigación y Desarrollo Tecnológico para la Agricultura Familiar (CIPAF/INTA), Argentine. Ses recherches portent sur les transformations agraires, la propriété intellectuelle et la réglementation des semences, les actions collectives face à l’agrobusiness, les transitions agroécologiques et les perspectives écoféministes.
E-mail : tamiperelmuter@gmail.com
ORCID : https://orcid.org/0000-0003-4331-1872
Aleida Azamar Alonso – Mexique
Professeure-chercheuse titulaire C à temps plein à l’Universidad Autónoma Metropolitana (UAM), Mexique. Ses travaux portent notamment sur l’économie écologique, l’énergie, l’exploitation minière, l’extractivisme et les impacts socio-environnementaux en Amérique latine.
E-mail : aazamar@correo.xoc.uam.mx
ORCID : https://orcid.org/0000-0002-1470-0994
Eduardo Gonçalves Rocha – Brésil
Professeur associé à la Faculté de droit de l’Universidade Federal de Goiás (UFG), Brésil. Ses recherches portent notamment sur le droit à l’alimentation et la financiarisation de l’agriculture.
E-mail : eduardofdufg@ufg.br
ORCID : https://orcid.org/0000-0002-6100-7551
L’organisation du dossier constitue ainsi une coopération académique internationale entre l’Argentine, le Mexique et le Brésil, réunissant des chercheurs de différentes institutions latino-américaines autour des débats contemporains sur la nature, le droit de l’environnement, les territoires, le développement et le néolibéralisme.
CalendrierOuverture des soumissions : 16 septembre 2026
Date limite de soumission : 14 novembre 2026
Publication prévue : mars 2027
SoumissionsLes contributions devront être soumises via le système en ligne de la ReDiS – Journal of Social and Environmental Law / Revista de Direito Socioambiental, dans le respect intégral des normes et directives éditoriales de la revue.
ReDiS – Journal of Social and Environmental Law / Revista de Direito Socioambiental
Universidade Estadual de Goiás – UEG, Brésil
ISSN 2965-3991











